Saskia Vanderstichele

Dagboek sekswerker

'Le consentement c'est partout et tout le temps, même dans un stripclub'

La Morrigasme
© BRUZZ
28/02/2025
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‘Personnellement, j'ai la même approche du consentement dans les lapdances que dans le sexe : c'est-à-dire que j'envisage chaque service comme une rencontre et une exploration à deux.’ Dans une nouvelle chronique pour BRUZZ, La Morrigasm, une artiste érotique bruxelloise, réfléchit à l'importance du consentement et de la confiance dans un club de strip-tease.

Une idée reçue concernant mon métier est qu'avant chaque danse privée ou "lapdance", on prend un moment avec le client pour discuter chacun de nos limites, nos besoins et nos attentes dans un cadre bienveillant.

C'est toujours le cas avant une session de domina où on pose un cadre très précis qui définit ce qui va se passer et qui permet de ne pas aller trop loin.

Ce n'est presque jamais le cas dans un stripclub. D'abord parce que tout doit aller vite, qu'il y a de la musique forte et qu'en fin de nuit le client en face est parfois tellement ivre qu'il est à peine en mesure de parler.

Cependant, le consentement c'est partout et tout le temps. Y compris pour les clients. Le concept de « lapdance » varie d'un club à l'autre : j'ai connu des clubs avec nudité intégrale, d'autres sans, avec beaucoup de contact ou pas du tout mais dans tous les cas un lapdance est une incursion dans l'intimité et ce n'est jamais anodin.

Le consentement n'est pas un « contrat ». Ce n'est pas une liste de clauses qu'on donne à l'autre qui doit se débrouiller avec. Ça ne peut fonctionner ainsi que si le client connaît précisément ses attentes et ses limites or pour cela, il faut de l'expérience. La majorité des clients n'a aucune capacité à verbaliser leurs attentes et limites. Ils ne se sont peut-être même jamais posé la question. C'est donc à la strippeuse d'analyser la situation, décrypter les signaux et agir en fonction.

Personnellement, j'ai la même approche du consentement dans les lapdances que dans le sexe : c'est-à-dire que j'envisage chaque service comme une rencontre et une exploration à deux. A chaque étape, je m'assure que la personne est à l'aise avec ce qui se passe via son langage corporel et au moindre doute, je pose la question.

‘Je n'imposerais jamais un lapdance à un.e client.e qui ne le désire pas’

Il arrive cependant qu'un homme se voit imposer un lapdance par son groupe d'amis qui le lui ont payé. La danse est payée. Je suis obligée de l'effectuer. J'ignore en quelle proportion les coiffeurs ou les masseurs se retrouvent confrontés à des clients qui se sont retrouvés dans leur salon contre leur volonté et qui sont horrifiés à l'idée de recevoir un service.

En tant que strippeuse, ça m'arrive assez souvent pour m'interroger. Dans ce cas, j'essaie de négocier en proposant de faire cette danse sur un autre volontaire mais généralement cette proposition est très mal accueillie. Certains prétextent même "Il ne nous a jamais présenté de copine. On a peur qu'il soit gay" -bien sûr, sur le ton de la blague grasse- mais comme si cela était une justification valable pour lui imposer une femme à moitié nue sur ses genoux.

De ma posture de strippeuse, j'observe les dynamiques de pouvoir au sein des groupes d'hommes. En un regard, je vois qui sont les meneurs et les suiveurs et la façon dont les premiers s'octroient ce pouvoir d'imposer des services intimes aux seconds qui doivent prouver leur masculinité au sein du groupe.

Et ne parlons même pas du nombre d'hommes qui paient des lapdances à leur compagne parce qu'ils « fantasment de la voir avec une autre femme » contre toute envie de la concernée. On les voit, ces femmes qui jouent à être « la copine cool » mais ces sourires crispés et ces postures raides ne font pas illusion.

La réponse à ces situations : je n'imposerais jamais un lapdance à un.e client.e qui ne le désire pas. En alternative, je propose une simple discussion. Car après tout, ce n'est pas le service en soi qu'on me paie mais mon temps. Le respect du consentement est la loi et aucun paiement ne permet de l'outrepasser.

Column La Morrigasme

De erotische performer, paaldansdocent en domina Le Morrigasme deelt om de twee weken een dagboekfragment. Daarin deelt die gedachten, die voortkomen uit hun omzwervingen in de wereld van sekswerk.

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